Excursion dans le golfe Saronique : un tour des îles exceptionnel

Au programme : vélo, baignade et pistaches, le tout à une heure d’Athènes !

En 2018, alors que je traversais une période difficile, une envie soudaine m’a pris de quitter la France pour explorer un nouveau pays européen. Mon parcours en lettres m'avait familiarisé avec de nombreux lieux, mais ma seule expérience de ceux-ci se résumait aux descriptions que l’on trouve dans les pages jaunies des livres de bibliothèque. J’estimais qu’il était désormais grand temps de découvrir certains de ces endroits en personne.

J’étais déjà allé à Rome ; Athènes s’imposait donc avec une certaine évidence comme ma prochaine destination. Ah ! Athènes, berceau de la démocratie, de la philosophie et de la science (entre autres petites choses). Je comptais bien explorer chaque recoin de ces sites qui avaient été le théâtre de l’art, de la religion et de la politique, et qui perdurent encore, pour la plupart, près de 25 siècles après la dernière soirée débridée d’Alcibiade (qui vit sans doute un Socrate passablement gris importuner les convives sur la véritable nature de l'amitié, ou quelque chose du genre).

C’est donc ce que j’ai fait. Au cours des derniers jours d’octobre, j’ai réservé un hôtel à Athènes et pris un vol pour la capitale grecque. Je vais omettre les détails mais, en résumé, j’ai grandement apprécié mon séjour dans la cité d’Athéna. J’ai suivi un circuit touristique classique, mais très complet. Si complet, en fait, qu’un collègue et ami, que le hasard amenait lui aussi en voyage à Athènes, m’a affublé du surnom de “stakhanoviste des musées”.

Cependant, au bout d’environ une semaine, j’ai eu le sentiment d’avoir presque épuisé mon sujet, alors même que je ressentais l’envie d’en voir plus. Même si Athènes avait quelque peu perdu de son charme initial, il me restait toujours la possibilité d’une île. Le hic, c'est que faute d'informations - et, pour être honnête, de connaissances géographiques -, je croyais que les îles les plus proches se trouvaient à des heures d'Athènes.

Par chance, il ne m’a pas fallu longtemps pour comprendre mon erreur. En effet, Athènes est située près de l’archipel des îles Saroniques, dans le golfe du même nom, et il existe quantité de ferries permettant de réaliser une excursion au départ d’Athènes, ce qui fait de cette baie une destination idéale pour s’aventurer hors de la capitale le temps d’une journée.

Après une brève course en taxi, je suis arrivé au Pirée, le principal port d'Athènes, où attendait mon ferry. Si vous voulez bien me suivre dans cette odyssée peu périlleuse, mais fort amusante et reposante, je vous raconterai mon excursion d’une journée sur trois îles du golfe Saronique.

Agistri

Agistri est une île de taille modeste (13 km²), située à 35 km du port du Pirée, comprise entre l’île d’Égine, plus grande, au nord-est, et la péninsule de Méthana au sud-est. Un ferry vous y emmènera en 50 minutes à 1 heure 30 environ (pour moi, c'était plus proche de cette dernière durée).

Avant même de poser le pied sur l’île, tandis que le navire s'approchait lentement du port, j’ai été émerveillé par le charme simple d’Agistri. Deux collines verdoyantes, étendues mais assez plates, étaient alors apparues sur l'horizon turquoise, avec de minuscules maisons blanches blotties à leurs pieds.

De petites voiles blanches triangulaires voletaient paisiblement autour de nous, portées par les voiliers. Du reste, le temps était absolument parfait : frais et ensoleillé, idéal pour toute activité. Il était clair dès l’abord qu’une ambiance décontractée émanait de l’île tout entière.

J’ai débarqué peu après à Megalochori, la ville et le port principal d’Agistri, située au nord-ouest de l’île ; j'ai pris une grande bouffée d'air marin et je me suis demandé où j'allais m'aventurer en premier. Concernant les transports, Agistri se trouve dans une sorte d'entre-deux. D'un côté, l'île est probablement trop petite pour justifier la présence de voitures (même s'il y a effectivement des véhicules à moteur sur l'île).

De l’autre, parcourir l’île à pied se révélerait sans doute une expérience épuisante. J'ai donc opté pour la location d’un vélo. Par chance, je n'ai pas eu à aller bien loin : un service de location de vélos se trouvait juste à l'entrée du port.

La ville de Megalochori sur l'île d'Agistri, en Grèce

La charmante ville de Megalochori sur l'île d'Agistri

Équipé de mon nouveau vélo, je me suis dirigé vers l’est, en suivant un magnifique chemin côtier. Seul problème, je devais presque réapprendre à faire du vélo, comme je n’avais pas eu l’occasion d’en faire depuis longtemps.

Ce fait s’est manifesté avec une évidence douloureuse lorsque, dix minutes plus tard, mon vélo a connu un incident technique. J’ai fini par me retrouver immobilisé devant une charmante petite église blanchie à la chaux. Heureusement, un couple sympathique de touristes âgés est venu à mon secours et m’a remis en selle. Avant de repartir, j’ai tout de même pris le temps de visiter l’église. L’atmosphère y était paisible et sereine, et l’intérieur, comme on pouvait s'y attendre dans une église orthodoxe traditionnelle, orné d'icônes dorées.

J’ai continué à longer la mer jusqu’à atteindre une petite plage nichée dans une jolie crique. Personne ne se baignait, si je me souviens bien, mais quelques courageux étaient entrés jusqu’aux mollets dans l’eau cristalline. J'aurais sans doute pu faire le tour complet de l'île avec mon vélo si j'en avais eu le temps et l'envie, mais Agistri n'était que la première escale de la journée et il me fallait garder un œil sur les horaires des ferries.

De retour à Megalochori, j'ai rapporté le vélo au magasin avant de rapidement embarquer à bord d'un autre ferry en direction de ma prochaine destination.

L'église de Saint-Anargyroi à Agistri, en Grèce

La pittoresque église de Saint-Anargyroi à Agistri

Moni

Vient ensuite l'île de Moni, considérablement plus petite et beaucoup moins connue. Située à quelques encablures d'Égine, Moni est facilement accessible en bateau depuis le port de Perdika.

Cet îlot inhabité possède un décor naturel impressionnant et des eaux d'un bleu cristallin. Moni a su conserver une atmosphère sauvage et authentique, brute mais pure, donnant presque au visiteur l'impression d'être un naufragé ayant échoué sur une lointaine île paradisiaque.

En général, on vient à Moni pour se baigner dans ses eaux turquoises, faire bronzette sur ses plages ensoleillées et découvrir sa faune et sa flore merveilleuses. Moni est notamment réputée pour ses paons et ses cerfs sauvages, qui se promènent en toute liberté dans la forêt. Nombre d’histoires circulent à propos de rencontres amicales avec la faune locale, qui, au fil du temps, s’est familiarisée avec les touristes de passage sur l'île.

Même si j'ai adoré les paons, voir des cerfs de près restera toujours une expérience magique, peu importe le moment et l’endroit. Je me suis changé et je suis allé à la plage. L'eau était un peu trop froide à mon goût, mais il fallait s'y attendre en cette saison.

D’ailleurs, le bar de la plage était fermé. Le bon côté des choses, c'est qu'il devait y avoir nettement moins de touristes que pendant la haute saison. Dans l'ensemble, je n'ai pas passé beaucoup de temps dans l'eau, ni même à la plage, mais j'ai néanmoins été séduit à la vue de ce rivage chargé de pins sur lequel venaient doucement clapoter les vagues.

Curieusement, le paysage de Moni se divise en deux parties distinctes : un côté est caractérisé par des étendues rocheuses et arides, tandis que l'autre est couvert de pins jusqu'à la côte. Cela signifie qu'en réalité, on ne peut profiter que de la moitié d'une île déjà petite. C'est peut-être la raison pour laquelle je n'ai pas tenu à rester longtemps à Moni. En outre, il me restait encore une île à explorer et c'était, de toutes, le plus gros “morceau”.

Voiliers près de l'île déserte de Moni, dans le golfe Saronique, en Grèce

Voiliers près de l'île de Moni, dans le golfe Saronique

Égine

Deuxième plus grande île du golfe Saronique, Égine est située à seulement une heure d'Athènes en ferry. Hélas, comme pour les deux îles précédentes, je n'ai pas eu le temps d’aller bien loin ni de faire grand-chose ; j'ai donc décidé de me concentrer sur la ville principale de l'île, également appelée Égine, et ses environs.

Je suis descendu du bateau et j'ai commencé ma dernière visite de la journée en me promenant sur le front de mer, bordé de palmiers. Parmi les nombreux cafés et hôtels, j'ai remarqué plusieurs vendeurs de pistaches grillées. Les gourmands auront peut-être déjà entendu parler des fameuses pistaches d’Égine.

En effet, les habitants d'Égine se targuent de produire les meilleures pistaches du monde. Si j’avais quitté l’île sans en avoir goûté, j'aurais peut-être pris cette assertion pour de vaines fanfaronnades ; mais il a suffi que je croque quelques pistaches pour que je me range à l’opinion des Éginètes.

Les pistaches d'Égine, avec leur saveur particulière et leur croquant délicieux, n’ont vraiment pas leurs pareilles, et possèdent un indéniable goût de revenez-y. J'ai acheté deux sacs en guise de cadeau à ma famille, mais l’un d’eux n’a hélas pas survécu à mon appétit.

Je suis finalement arrivé à l'église de la Vierge Marie. Après une courte visite à l'intérieur, je me suis assis à une table, en terrasse d’un café, pour siroter une bière fraîche, que les pistaches accompagnaient à merveille. Repu et désaltéré, j'ai quitté l'avenue principale pour flâner dans les rues pavées de la ville ; je suis passé dans quelques magasins où j'ai acheté des souvenirs – non comestibles – pour mes amis et ma famille.

De là, je me suis dirigé vers le Musée archéologique d'Égine, à 5 minutes à pied du port. Je n'ose pas compter le nombre de musées que j'avais visités à ce stade ; disons seulement qu'après celui-ci, j'avais amplement mérité mon surnom. Bien qu'il ne soit pas aussi grand et que sa collection ne soit pas aussi impressionnante que celle d'autres musées grecs, il abrite tout de même des objets historiques fascinants et met en lumière le passé antique d'Égine. Soit dit en passant, il s'agit du premier musée national de Grèce, fondé en 1829.

Le musée se trouve juste à côté du principal site archéologique de la ville : le temple d'Apollon. Malheureusement, il n'en reste pas grand-chose. La majeure partie du site est constituée de ruines qui ne s’élèvent qu’à hauteur de genou. Seule exception, une unique colonne, partiellement brisée mais toujours debout, du genre de celles que l'on trouverait mentionnées dans un poème romantique du XIXe siècle, faisant office de témoin mélancolique d'une gloire révolue. Le temple est daté du 6e siècle avant notre ère, donc plus ancien que le Parthénon d'Athènes. Il offre également un beau point de vue sur Égine et le golfe Saronique.

La ville d'Égine vue des ruines du temple d'Apollon à Égine, en Grèce

La ville d'Égine vue depuis le temple d'Apollon

C'est à peu près la dernière chose que j'ai faite à Égine. La journée touchant à sa fin, j’ai descendu d’un pas paisible le front de mer, regagné l'embarcadère d'où j'étais parti et embarqué sur le ferry d'Égine à Athènes. Le navire a quitté le port en douceur et a rapidement atteint sa vitesse de croisière, direction le Pirée.

De là où j'étais, debout sur le pont, l'île d'Égine rapetissait à vue d'œil, jusqu'à ce que je puisse à peine distinguer la silhouette de ses montagnes, qui s'estompaient à l'horizon. Je suis resté là un moment, méditant sur la journée qui venait de s’écouler, absorbant en moi la lumière orangée du soleil couchant.

Coucher de soleil dans le golfe Saronique vu d'un bateau

Un spectaculaire coucher de soleil dans le golfe Saronique

De retour au Pirée, je n'ai eu aucun mal à trouver un taxi pour rentrer à Athènes, le sac à dos rempli de cadeaux et la tête, de souvenirs d'une journée merveilleuse.


L'auteur

Salut ! Je m'appelle Benjamin Saltel, je suis traducteur indépendant et j'occupe le poste de French Language Manager chez Ferryhopper. À en croire mon entourage, je serais du genre casanier. En réalité, si j'arrive à me tirer du lit le matin, c'est parce que je suis constamment en train de monter des projets de voyage. J'adore visiter de nouveaux lieux, croiser des visages inconnus et me familiariser avec des cultures étrangères, même si je suis loin de voyager autant que je le souhaiterais. Pourtant, à dire vrai, là où je me sens le mieux, c'est chez moi. J'y passe le plus clair de mon temps à bricoler des ordinateurs, à cuisiner des pâtes maison et à regarder des vieux films de kung-fu et de samouraïs. Pour moi, tout est une question d'équilibre entre l'étrange et le familier. Ma prochaine aventure ? Seul le temps nous le dira, mais j'ai déjà quelques idées intéressantes… 😏🚢

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